• Avignon : "La zone franche est un paradis fiscal au coeur de la misère"

     
    AVIGNON / PUBLIÉ LE MERCREDI 02 MAI 2012 À 09H45
     

    À l’heure du bilan de 2011, la fondation Terra nova 84 relativise les effets sur l’emploi de la Zone Franche Urbaine

    Jean-François Cesarini propose d'attacher les avantages fiscaux à toute personne qui vit dans les quartiers défavorisés.Photo J.Rey
    Jean-François Cesarini propose d'attacher les avantages fiscaux à toute personne qui vit dans les quartiers défavorisés.

     

    Le débat est ouvert autour de la zone franche urbaine (ZFU) d'Avignon. Dans un récent dossier publié le 10 avril dernier, La Provence lançait le sujet en dressant un premier bilan de ce dispositif mis en place en 2006 à Avignon (lire notre infographie).

    Alors que la mairie d'Avignon prévoit d'organiser ce mercredi une réunion présentant son bilan 2011 de la ZFU, Jean-François Cesarini, le président de Terra nova 84, le laboratoire d'idées proche du Parti socialiste, verse à son tour ses arguments au débat en s'appuyant sur un rapport national publié par la fondation.

    Afin de reconstituer un tissu économique dans les quartiers désertés par les entreprises, des exonérations fiscales et de charges sociales sont accordées aux entreprises qui s'installent dans les ZFU pour une durée de cinq ans (ces avantages décroissent ensuite sur plusieurs années avant de s'éteindre).

    Certes, ce dispositif a donné naissance dans ces quartiers à un certain nombre d'ensembles immobiliers publics et privés où se sont installés des entreprises, des cabinets d'avocat, de conseil, de médecin mais Jean-François Césarini considère que sur le volet de l'emploi, l'autre grand pilier du dispositif ZFU, les objectifs sont loin d'être atteints.

    Afin de favoriser l'emploi dans ces espaces urbains particulièrement touchés par le chômage, pour deux (trois auparavant) personnes embauchées, les sociétés doivent en recruter une au moins qui vit dans le périmètre de la ZFU.

    154 emplois créés en six ans dans les quartiers

    D'après les données officielles, depuis 2006, ce dispositif a permis de procurer "seulement" 154 emplois à des personnes vivant dans la zone urbaine sensible d'Avignon, dont les contours sont quasiment les mêmes que ceux de la ZFU.

    "Sur une population aussi importante, c'est très peu au regard du manque à gagner pour l'État. C'est certainement plus coûteux que les emplois jeunes", constate Jean-François Cesarini qui relève un autre effet pervers de la ZFU : "On embauche des personnes de ces quartiers dans ces quartiers. On les laisse sur place, ce qui accentue le phénomène de ghetto. Le soir, les salariés des entreprises rentrent chez eux, les habitants, eux, restent là."

    Pour favoriser l'emploi dans ces quartiers minés par le chômage, le rapport de Terra nova propose une mesure un peu différente : les emplois francs. Plutôt qu'une zone qui devient avec le temps "un paradis fiscal au coeur de la misère", il propose d'attacher les avantages fiscaux à toute personne qui vit dans ces quartiers pauvres, où qu'elle soit embauchée.

    Préférer les "emplois francs" à la zone franche

    Baptisés "emplois francs", cette mesure présenterait l'avantage d'ouvrir le dispositif à toutes les entreprises qui devraient, en contrepartie, s'engager à offrir à ces salariés une formation qualifiante.

    "Il y a dans la ZFU une dimension très condescendante. On amène les entreprises dans les quartiers pour donner du travail souvent non qualifié à ses habitants qui y restent confinés. Avec les emplois francs, ont fait venir des personnes, des talents que l'on forme. C'est beaucoup plus valorisant et cela favorise la mixité sociale"

    , estime Jean-François Cesarini qui voit dans le chômage des quartiers sensibles, une des causes qui explique les scores réalisés par le Front national : "L'oisiveté est la mère de tous les vices. Le chômage crée une insécurité qui alimente le vote extrême".

    Même si la politique de la ville se décide plus sûrement dans les cabinets ministériels, Jean-François Cesarini espère, parmi les candidats aux élections législatives, en trouver certains qui s'engageront à porter cette idée à Paris.

     

    Romain CANTENOT

     

     

     

     

     

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